Grasse : capitale du parfum. Rarement cité aura aussi bien porté son qualificatif. À Grasse, tout évoque le parfum. La réputation de la cité n’est pas simplement locale, elle est mondiale. Rares sont les voyageurs qui viennent dans cette célèbre sous-préfecture des Alpes-Maritimes sans consacrer une bonne partie de leur visite au parfum, à son histoire, ses origines ou sa fabrication. Bien qu’à l’écart du littoral, Grasse demeure l’une des destinations les plus réputées et incontournables de la Côte d’Azur. Malgré ce succès, les Grassois sont, à juste titre, fiers d’avoir préservé le charme des ruelles de l’ancienne ville.
Situation
Située à plus de 300 mètres d’altitude moyenne et dominant la plaine où le canal de la Siagne court vers la mer, Grasse est adossée aux premiers contreforts des Préalpes. Depuis ce balcon naturel, la cité du parfum n’est qu’à une douzaine de kilomètres de Cannes. Elle est située sur un carrefour routier permettant de rejoindre Villeneuve-Loubet et Cannes vers le littoral, Draguignan vers l’ouest et Castellane et les Alpes-de-Haute-Provence par la route Napoléon vers le nord. Une autre petite route départementale pénètre plus discrètement dans le pays grassois, vers Cabris et Saint-Cézaire-sur-Siagne.
Environnement naturel
Si les alentours immédiats sont voués à la culture du jasmin et de la rose de Mai, dès que l’on s’éloigne, ces champs fleuris ne sont plus qu’un souvenir ; les Préalpes révèlent leur vrai visage, austère et sec. Le maquis règne au milieu de gros blocs de calcaire blanc, les sols jadis travaillés pour les plantations d’oliviers sont retenus par des murs en pierres sèches que les Provençaux appellent « restanques ». Enfin, les espaces non cultivés sont aussi dédiés aux parfums : à ceux, plus sauvages, de la garrigue et des herbes de Provence !
Histoire
Quelques témoignages de la présence humaine durant la préhistoire ont été découverts à Grasse, à l’occasion de fouilles archéologiques. Les Romains établissent des villae agricoles. Il faut cependant attendre le Xe siècle pour que le village se bâtisse sur le rocher, au-dessus de la plaine, à un carrefour de voies reliant la Provence orientale intérieure à la côte et à la Provence rhodanienne. Il entend ainsi se protéger des razzias sarrasines. Au XIIe siècle, la cité s’affranchit de la tutelle seigneuriale et conquiert sa liberté en instituant un consulat, sur le modèle italien. Sa position géographique lui confère très tôt un rôle prépondérant dans la région. En 1482, elle rejoint la couronne royale avec le rattachement de la Provence à la France, mais garde ses privilèges.
En 1536, les armées de Charles Quint pillent et incendient la ville. Suivent les violences des guerres de Religion. Grasse se range aux côtés d’Henri IV pour combattre la Ligue, ce qui lui vaut d’être une nouvelle fois pillée en 1589. Un peu moins de 2 siècles plus tard, elle est prise par les armées autrichiennes et encore dévastée. Chef-lieu du département du Var entre 1793 et 1795, elle accueille le tribunal révolutionnaire qui condamne une trentaine de personnes à être guillotinées. Grasse fait à nouveau parler d’elle durant la Seconde Guerre mondiale, grâce à un groupe de résistants qui réussissent à la libérer de l’occupation allemande le 24 août 1944.
Patrimoine
La vedette à Grasse, c’est bien entendu le parfum, dont l’histoire est plutôt originale. Dès le Moyen Âge, la ville se consacre à la tannerie. Outre les cuirs locaux, les tanneurs traitent les peaux importées d’Espagne ou de Sicile et confectionnent des gants, très appréciés dans la haute société. Pour combattre les odeurs nauséabondes du tannage, les artisans, influencés par une mode de la Renaissance italienne, apprennent à parfumer leurs gants. Ils se muent alors en gantiers-parfumeurs et adoptent la fragrance du jasmin. Le gant perdant progressivement sa fonction de symbole social, ces artisans deviennent au XVIIIe siècle parfumeurs. Cette évolution est favorisée par le microclimat subtropical chaud et humide qui convient parfaitement à la culture du jasmin.
Quelques grands parfumeurs utilisent encore pour leur production les fleurs cultivées sur place. Les plantations des horticulteurs locaux sont constituées de jasmin et de rose de Mai, une rose cent-feuilles. Le jasmin est récolté tôt le matin, de juillet à octobre. La rose de Mai, contrairement au jasmin, se cueille en plein soleil, d’avril à début juin. Il faut compter environ 400 kilogrammes de fleurs fraîches pour distiller 1 kilogramme de « concrète », dont on tire 60 centilitres d’essence absolue nécessaire au parfumeur, appelé « nez », pour composer ses fragrances. Pour élaborer un parfum original, il faut rassembler entre quatre-vingts et cent trente huiles essentielles différentes. Il s’agit d’un véritable travail d’artiste.
Grasse possède un centre historique intéressant, qui a conservé la structure urbaine du Moyen Âge, avec un remarquable ensemble épiscopal composé d’une tour, du palais épiscopal et de la cathédrale Notre-Dame du Puy, de style roman très dépouillé. Le palais épiscopal abrite de nos jours l’hôtel de ville. Lors d’une visite du centre-ville, on ne peut manquer la place aux Aires, bordée d’arcades. On y admire, au numéro 33, la Maison Isnard, demeure d’un riche tanneur père de l’homme politique Maximin Isnard. Dans les rues voisines, de nombreuses demeures rappellent le Moyen Âge. En haut de la rue de l’Oratoire, la chapelle de l’Oratoire comporte quelques beaux éléments gothiques. L’office de tourisme propose des visites guidées thématiques et un circuit en visite libre.
Grasse compte plusieurs musées dignes d’intérêt, comme le musée d’Art et d’Histoire de Provence, la villa-musée Fragonard, le musée de la Marine, le musée provençal du Costume et du Bijou, ou encore (bien évidemment !) le musée international de la Parfumerie. Dans les environs, deux grottes méritent une visite : la grotte de la Baume obscure avec son « Souterroscope », sa rivière souterraine, ses minéraux et fossiles, sa faune cavernicole ; et les grottes de Saint-Cézaire-sur-Siagne, avec leurs stalactites rouges, leur salle des Draperies, l’Alcôve des fées…
Artisanat et produits du terroir
Outre les parfums, bien sûr, il est possible de se procurer quelques productions locales telles que l’huile d’olive (plusieurs moulins peuvent se visiter), des confiseries, des confitures de rose, de jasmin, de bigarade et autres agrumes, des fruits au sirop et également du miel. Enfin, les boulangers fabriquent la fougassette, sorte de petit pain léger, parfumé à la fleur d’oranger autrefois préparé dans le cadre des treize desserts de Noël. On peut également trouver à Grasse le vrai nougat noir provençal. L’espace Terroirs organise des animations gastronomiques.
Promenades et randonnées
De nombreuses balades pédestres et cyclistes sont accessibles depuis Grasse et les villages des environs. Circuits, sentiers balisés, sentiers à thèmes parcourent les alentours. Les bons marcheurs pourront effectuer une balade de 4 heures 30 vers les crêtes de l’Audibergue, depuis le village d’Andon. Il faut suivre le balisage jaune pour les fameuses crêtes d’où la vue s’étend sur les sommets du Mercantour, la Méditerranée et l’Estérel. La route des gorges du Loup constitue enfin un très beau circuit, à faire pour admirer les cascades du saut du Loup ou visiter le village perché de Gourdon, classé parmi les « Plus beaux villages de France ».
Sports et loisirs
Canyoning, spéléologie, équitation, deltaplane, parapente, parcours dans les arbres, via ferrata, baignades dans le Loup ou en piscine, pêche et bien sûr golf sont les activités les plus agréables à pratiquer à Grasse ou à proximité, en-dehors des traditionnels tennis, jeux de ballon ou jeux de boules. Les enfants apprécieront le petit train touristique qui sillonne les rues du centre historique. Enfin, les amateurs de jeux ont à leur disposition ceux que propose le casino de Grasse.
Mais le clou d’un séjour à Grasse, c’est évidemment une visite chez les parfumeurs. Un grand choix s’offre au public : les maisons Fragonard, Galimard, Bouchara ou Molinard, pour n’en citer qu’une partie, proposent ainsi de découvrir leur savoir-faire et leurs productions lors de circuits guidés et de stages dédiés à la création de votre propre parfum. Une découverte des champs de fleurs est également possible au domaine de Manon, où des visites guidées sont organisées aux saisons où fleurissent la rose de Mai et le jasmin.
Événements
En août, Grasse fête le jasmin avec un corso fleuri, des concerts de groupes folkloriques et un feu d’artifice. En mai, la villa Fragonard propose depuis 40 ans son fameux rendez-vous, « Exporose », exposition internationale de roses coupées qui donne lieu à de nombreuses animations et concerts. Enfin, chaque année au mois de décembre, Grasse organise le Noël provençal : santons, illuminations et confection des traditionnels treize desserts.
Marchés
Tous les jours, la place aux Aires accueille un marché aux fruits, légumes et fleurs.
Restauration
Plusieurs établissements étoilés préparent une vraie cuisine gastronomique, à base parfois de spécialités grassoises. D’autres tables proposent également d’excellents menus avec des recettes traditionnelles et provençales et des spécialités de poissons. On trouve également des restaurants spécialisés dans les cuisines italienne, arménienne, grecque ou indienne, sans oublier les habituelles pizzerias, crêperies et brasseries.
Hébergement
Toutes les catégories d’hôtels sont représentées à Grasse ou dans les villages voisins, depuis le modeste une étoile jusqu’au quatre étoiles luxe. On trouve aussi des chambres d’hôte, des gîtes ruraux, des locations meublées et des campings.